Spock’s Beard au festival d’été de Québec

Spock's Beard - 09

J’ai découvert Spock’s Beard après avoir assisté à leur premier concert officiel au Progfest de Los Angeles en 1995, et ai continué à suivre les activités du groupe jusqu’à « Snow », année du départ de Neal Morse, principal compositeur et chanteur du groupe. Les deux albums suivants, « Feel Euphoria » et « Octane », ne m’ayant pas vraiment impressionés, j’étais tout de même curieux de revoir le groupe en concert en les voyant annoncés dans la programmation du festival d’été de Québec.

Sans avoir offert la performance du siècle, pressé par le temps alloué par le festival, la formation californienne a toutefois donné un très bon spectacle, y allant d’un extrait de chacun des albums de la « période Neal Morse », ainsi que des meilleurs extraits de son plus récent disque éponyme (« The Slow Crash Landing Man », « Skeletons at the Feast »). Seule la pièce « Surfing Down the Avalanche » d’ « Octane » ne semblait pas vraiment à sa place. Nick D’Virgilio s’avère un « frontman » très sympathique, retournant derrière ses tambours de temps à autre, en plus de jouer de la guitare et du clavier.

En espérant les revoir bientôt en vedette de leur propre spectacle.

Setlist :
On a Perfect Day
Mouth of Madness
Slow crash landing man
Crack the big sky
Surfing down the avalanche
Thoughts (Part 2)
Skeletons at the feast
Piano Solo
As far as the mind can see
Walking on the wind
The Water/Go the way you go

D’autres photos ici: http://www.flickr.com/photos/fusaka/sets/72157600692878885/

IQ – Entrevue avec Peter Nicholls (1998)

IQ - Peter Nicholls

Entrevue jamais publiée avec Peter Nicholls, chanteur du groupe britannique IQ, lors de leur passage au D’Auteuil de Québec en juin 1998 pour le festival ProgEst.

Qu’est-ce qui vous amène au Canada pour la première fois en 20 ans?
On a nous a invité à prendre part à ce festival. Ce n’est pas toujours possible pour nous de se déplacer. Nous avons pour la première fois aux États-Unis en 93, à Los Angeles. C’était une aventure incroyable, si ce n’est qu’au plan personnel. Nous sommes toujours heureux d’être invité à jouer en Amérique du Nord, même si ce n’est pas toujours facile à planifier étant donné que nous vivons tous très loin les uns des autres et nous avons tous d’autres obligations en dehors du groupe. Nous avions déjà prévu se réunir pendant cette période et l’invitation du festival est arrivé juste au bon moment.

Malgré le fait que le groupe ne soit pas votre principale occupation, vous semblez tout de même en profiter le plus possible. Le résultat sur disque ou en spectacle ne s’en ressent pas.
J’espère bien! Nous ne pouvons pas dédier la plupart de notre temps à IQ, mais quand nous sommes tous ensemble, on y consacre 100 % de nos énergies. Nous prenons ce groupe très au sérieux, et le temps que nous passons chacun de notre côté rend nos réunions beaucoup plus spéciales. Nous ne faisons que 20 ou 30 spectacles par année alors nous ne pouvons pas en considérer un seul comme étant « juste un autre concert », chaque concert est un événement important. Nous essayons de faire de notre mieux pour que tous ce que IQ fait soit bien fait.

Votre processus de travail est-il plus rapide?
Nous mettons encore beaucoup de temps à faire quoi que ce soit! Je sais que c’est peut-être frustrant pour nos fans quand il ne se passe pas grand-chose, mais en revanche ils peuvent être sûr que nous ne faisons rien pour nous débarrasser. J’aime bien mieux faire un très bon disque tous les 4 ans, qu’un disque ordinaire tous les 18 mois, et je suis sûr que la majorité des gens sont du même avis.

IQ_07Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de faire un album comme Subterranea?
Nous avions déjà donné beaucoup de spectacles avec l’album Ever, qui a été en quelque sorte la renaissance du groupe. Nous avons fait plusieurs tournées pour le promouvoir. Par le passé, mon approche était beaucoup plus théâtrale, notamment sur The Enemy Smacks, et avec Ever, je voulais plutôt me concentrer sur mon rôle de chanteur, puis ce c’est un album axé surtout sur la musique, et également pour projeter une meilleure image de groupe. Comme je le disais, nous avons fait plusieurs spectacles de cette façon, et je sentais que tout ça pourrait devenir répétitif à la longue, que les fans n’auraient plus de surprise à venir nous voir. Je me suis assis avec le membre du groupe pour le proposer de faire quelque chose de différent, de faire un spectacle à grand déploiement avec du nouveau matériel. Nous avons donc commencé à composer, et j’ai également réécouté de vieilles cassettes de nos pratiques sur lesquelles j’ai découvert de l’excellent matériel qui n’avait jamais servi, nous pas qu’il eût été de mauvaise qualité, mais qui avait été laissé de côté par manque de temps. J’ai donc fait une cassette avec les meilleurs bouts pour Mike (Holmes) et Martin (Orford). Encore aujourd’hui, la majorité de cette cassette n’a pas encore été utilisée! Il y a donc une sorte d’album perdu caché dans nos archives! L’idée de faire un album double est venu du trop plein de matériel. J’étais très enthousiasmé par cette proposition. Tous les vieux groupes ont un album double classique, que ce soit l’album blanc des Beatles, ou Goodbye Yellow Brick Road d’Elton John ou The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis. Les albums double ont quelque chose d’excitant et monumental.

Et maintenant avec le format CD, les albums double sont encore plus longs.
Tout à fait. Quand nous avons composé l’album, nous l’avions imaginé comme ayant quatre côtés, et encore aujourd’hui on le considère comme un bon vieux vinyle, parce que c’est ce à quoi nous sommes habitués. Les côtés 1 et 2 sont devenus le premier cd, et 3 et 4 sont devenus le second. C’est Failsafe, un morceau très dramatique et mouvementé, qui termine le premier côté. Donc c’est un surplus de matériel qui nous a donné l’envie de faire un double, mais comme nous voulions en faire un spectacle, nous avions besoin de beaucoup de musique. Nous ne pouvons pas faire un spectacle de la sorte avec seulement 50 minutes. C’était une période très créatrice pour le groupe et il n’a pas été difficile à composer. Nous avons eu quelques petits désagréments ici et là, ce qui fait partie du processus créatif, mais c’est ce qui rend la chose intéressante. Par le passé, nous écrivions la musique, puis les paroles. Mais nous avons eu l’idée de l’histoire bien avant cette fois-ci, et comme je savais ce qui allait se passer, je pouvais communiquer au reste du groupe le type d’atmosphère nécessaire à certains passages. Tout ça donne une cohésion au produit final. Pour Infernal Chorus par exemple, un morceau très agressif, Mike a trouvé un riff très violent qui allait à merveille avec cette partie de l’histoire, alors que le personnage principal est dans un état d’esprit plutôt lugubre, et il en vient d’ailleurs à tuer quelqu’un. Pendant le spectacle, la scène devient complètement rouge. C’est très différent de ce que IQ fait d’habitude!

Pourquoi avez-vous décidé de laisser le graphisme de la pochette de Subterranea à quelqu’un d’autre que vous?
Je voulais essayer une nouvelle approche. C’est aussi simple que ça. Au plan musical, l’album était un nouveau challenge, et je voulais qu’au niveau du graphisme on retrouve quelque chose de différent. Je ne veux que le groupe se répète. Si on avait mis l’un de mes dessins sur la pochette, on aurait tout de suite fait une association à The Wake ou Ever… C’est bien d’aller de l’avant. Nous sommes censés êtres un groupe  » progressif  » , alors progressons!

IQ_02Vous avez également enregistré Seven Stories Into 98, une nouvelle version de votre premier album cassette. Nous discutions tout à l’heure que IQ ne travaille pas très rapidement, mais cet album s’est fait en 5 jours!
Tout allait plus rapidement à nos débuts. Tales From The Lush Attic a été enregistré en 4 jours, puis mixé la cinquième journée. Je le réécoutais récemment et je trouve le résultat très primitif. On y retrouve surtout des premières ou deuxième prises. Nous n’avions pas le temps pour plus.

C’est un peu ce qui fait son charme.
Oui, je crois. De temps en temps nous nous demandons s’il ne serait pas bon de le réenregistrer, mais au bout du compte, nous préférons le garder tel quel. C’est un album de son temps, et un album très apprécié malgré les erreurs et les faiblesses. Musicalement, il est très fort et c’est pourquoi nous en jouons encore des morceaux en concert. Pour en revenir à Seven Stories, au fil des ans on nous a souvent demandé de le sortir en CD, mais nous étions réticent à l’idée. Tout d’abord, nous ne trouvions plus les bandes maîtresses. Nous l’avions enregistré avec un studio portable. Pour cette nouvelle édition, nous sommes entrés en studio pendant cinq jours, mais nous savions également que plusieurs fans voudraient l’originale. Nous nous sommes donc mis à la recherche des bandes originales et nous les avons remis à neuf. Le son est tout de même très bon pour un enregistrement qui date de 12 ans.

Vous avez vraiment chanté avec un sac sur la tête?
Tout à fait! Nous en discutions justement l’autre jour. Nous habitions un appartement dans le nord de Londres et il y avait une dame très désagréable qui vivait au-dessus de nous. Elle cognait tout le temps du pied sur le plancher au moindre bruit. Nous avions un énorme sac de toile que je me mettais sur la tête pour étouffer le bruit. C’est affreux, mais ça fait partie de notre histoire. Nous en rions maintenant, mais c’était la seule façon de faire pour nous à l’époque. On ne pouvait pas se payer de studio.

Certains morceaux sont complètement différents sur la version 98. Barbell Is In, par exemple.
Ça c’était l’idée de Mike. Nous étions en studio et il m’a proposé de la modifier. J’étais d’accord, et il l’a donc transformé en lui donnant un petit côté World Music.


Sur album, IQ aborde des sujets plutôt sombre. Mais sur scène, vous vous amusez beaucoup, vous nous avez même interprétez une chanson du groupe ABBA!

L’humour a toujours été très important dans ce groupe. C’est ce qui nous a gardé ensemble pendant les moments difficiles. Nous avons eu une carrière très turbulente. Ce côté de notre personnalité ne sent pas dans la musique, mais sommes rigolons toujours pendant les pratiques ou pendant la composition. Mike est complètement débile. Et c’est génial comme ça! C’est ce qui fait de IQ un groupe diversifié. Nous avons toutes nos personnalités bien propres, mais il y a un élément magique qui nous unis. Je ne suis jamais sûr comment la foule va réagir quand nous faisons des trucs pour rire.


Malheureusement nous n’avons pas eu droit au spectacle complet de Subterranea. J’ai vu quelques photos et je dois dire que c’est très imposant pour un groupe indépendant.

Nous utilisons des projections sur écran, des lumières qui bougent, il y a un immense écran de toile qui se déroule au-devant de la scène, et Oggie, notre maestro en ce qui a trait au côté visuel du spectacle, nous a concocté un mécanisme qui rend tout ça possible. Nous avons toute une équipe de gens très talentueux avec nous. Ils contribuent tous de manière considérable à ce qui se passe sur scène et nous n’aurions pas pu en arriver la sans eux. Nous n’avons pas beaucoup de budget mais beaucoup d’idées. Et il y a toujours une façon de réaliser ce que l’on veut. C’est ce qui rend possible la présentation de ce spectacle, qui est beaucoup plus ambitieux. Je ne crois pas que d’autres groupes de notre niveau ait tenté quelque chose de la sortie.

Peut-être que cela va en encourager d’autres.
Ouais, mais on était là en premier! (rires). L’important dans tous ça, c’est qu’il y a toujours moyen d’arriver à ses fins si tu as la détermination et des gens compétents autour de toi. Tout notre décor est retenu par du papier collant et des bouts de ficelles, mais ça marche! Je suis désolé que nous n’ayons pas pu vous le présenter. Certains morceaux font plus de 18 pieds de longs. Je ne suis pas sûr que les gens d’Air Canada auraient apprécié que nous arrivions à Heathrow avec tout notre matériel avec l’intention de le transporter comme bagages à mains! Nous en avons apporté le plus possible, car il aurait été dommage de ne pas vous en donner au moins un avant-goût.

Je crois que le spectacle sera filmé puis lancé en vidéocassette.
Oui, nous en avons bien l’intention. Nous devons le filmer d’ici à la fin de la tournée. Ce qui devrait boucler la boucle, en ce qui concerne Subterranea.

Où voyez vous le groupe dans quelques années?
J’en ai aucune idée. Nous avons quelques projets en cours. Le premier est un CD de pièces rares, qui comprendra du vieux matériel, comme des 45 tours, des ‘B-sides’ et quelques pièces qui n’ont jamais été endisquées. Il y aura également de nouvelles chansons qui n’ont pas fait la sélection finale pour Subterranea. Il devrait être prêt d’ici à la fin de l’année (98). Nous allons enregistrer un album en 1999. Nous devons d’ailleurs en commencer l’écriture dans les prochains mois. Plusieurs personnes me demandent déjà comment nous allons faire pour égaler Subterranea. Je ne le sais pas, mais nous allons sûrement trouver quelque chose! C’est ça le challenge. Ça ne me dérange pas du tout, c’est l’objectif que nous nous sommes fixé. Nous avons réussi à créer un album double qui était très bon, notre meilleur selon plusieurs, ce qui était une victoire personnelle, surtout que l’on considère généralement un groupe à son meilleur dans ses premières années.
Nous vivons une belle aventure. Si tu m’avais dit il y a dix ans que je jouerais ce soir au Canada avec IQ je ne t’aurais pas cru. Et pourtant, nous voici! Et je continue à être surpris. Les liens dans le groupe sont plus forts que jamais.